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 Une illusion grotesque

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Lothar Duracier
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MessageSujet: Une illusion grotesque Sam 30 Déc - 7:16

C'est à peine quelques jours plus tôt que tu as accepté cette mission qui doit t'éloigner des tiens.  Rapidement, tu as préparé tes effets personnels et tu es prêt à partir.  À partir de Vojnä, tu pars à dos de ton puissant destrier, un étalon au large poitrail et à la robe noire.  Le chemin jusqu'à la frontière des territoires duniens t'es familier, tu as souvent parcouru le désert par le passé.  Tu es parti seul après avoir fait des adieux brefs et dénués d'émotion à ta famille.  La distance ne te fait pas peur.  Ils ne te manqueront pas vraiment en vérité et un peu de calme ne te ferait pas mal.  Ton âge est déjà avancé, tu as fait tes preuves en tant que guerrier déjà, il serait temps pour toi de prendre femme et de faire des enfants pour poursuivre la lignée familiale.  Néanmoins, l'idée ne te séduit pas exactement.  Tu n'as toujours pas trouvé de femme qui soit suffisamment bien pour porter ta descendance.  Le voyage seul pendant un certain est une bénédiction.  Ce silence te fait du bien, mais tu arrives bien rapidement à la frontière dunienne où un guide t'attend pour la deuxième partie de ton relais.  Il doit t'emmener à Asgarn où tu prendras un nouveau guide pour Zaldi.  Les Duniens sont plutôt secrets quant à l'emplacement de leur ville pilier.  Tu sais vaguement où se trouve-t-elle, mais il te faudrait la chercher une fois dans les parages si tu devais t'y rendre seul.  Heureusement, t'épargnant du temps perdu, ceux qui ont mandaté ta présence on prévu que certains de leurs guides ne te montrent le chemin pour que tu puisses arriver à destination dès que possible.  Il semblerait que la raison pour laquelle on aie besoin toi est plutôt urgente.  Tu ne sais pas grand-chose de cette mission qui t'attend d'ailleurs et tu es quelque peu impatient de le découvrir.

Ce premier guide t'es toutefois fort désagréable dès la rencontre.  Bavard, il ne cesse de tenter d'engager la conversation en t'indiquant ceci et cela à propos des traces de la forêt.  Il ne t'explique pas exactement les choses, il se contente de te mentionner le passage de tel ou tel animal, t'intimant la prudence.  Tu n'as pas peur des bêtes qui se cachent dans les broussailles, tu sais te défendre.  Néanmoins, les Duniens ont une révérence pour les animaux que tu n'arrives pas tout à fait à comprendre.  Le voyage est pénible : il ne semble jamais pouvoir se taire et malgré tes efforts pour préserver le silence, en répondant par monosyllabes à toutes tentatives de début de conversation, sont réduits à néant au bout de quelques secondes lorsqu'il trouve un nouveau sujet de conversation.

Tu es fort soulagé de voir les débuts d'Asgarn se dessiner devant vous au bout de plusieurs jours.  À partir de là, tu auras droit à un nouveau guide et tu espères que cette fois on en aura trouvé un plus tranquille.  Toute cette agitation était fatigante pour toi.

Une fois reposé de cette première partie de ton voyage, le temps de repartir est venu.  Les gens responsables de te recevoir t'indiquent que le guide assigné à ton voyage t'attend à la bordure du village.  Tu ne les remercies pas des soins et du repas qu'ils t'ont offerts et repars en silence.  Comme on te l'a annoncé, le guide t'attend, déjà prêt à partir.  Tu es sur le point de l'interpeler quand tu as l'impression que tes yeux te jouent des tours.  Tu connais ce garçon, très bien même.  Pourtant, tu sais qu'il n'est pas guide.  Tu n'as plus de nouvelles de lui depuis qu'il est retourné vivre parmi les siens, mais tu te souviens encore des soirées passées à lui apprendre des nouvelles passes, à l'entraîner.

« Oen? » souffles-tu sur le coup de la surprise.  En regardant plus attentivement, tu remarques quelques différences et tu commences à douter qu'il ne s'agisse réellement de ce garçon que tu as entraîné quand tu étais plus jeune.
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Alrik Brume-esprit
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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Ven 5 Jan - 17:12

Le fond de l’air était frais. Se grattant sa barbe qu’il avait pris le soin de tailler la veille -pour paraitre convenable aux yeux de son client-, Alrik attendait. Lorsque la mission lui avait été proposée, il l’avait accepté sans trop réfléchir. La route vers Zaldi était de celles qu’il aurait pu effectuer les yeux fermés tant elle paraissait, après toutes ces années, naturelle. Par chance, elle était aussi de celle qu’il appréciait particulièrement, la trouvant calme, reposante, belle.
Il ne savait pas grand-chose de son futur client hors-mi qu’il était Hald. Pourquoi se rendait-il là-bas ? Aucune idée. Et après tout, il s’en moquait. Les Halds étaient des clients silencieux. Alrik ne les aimait pas beaucoup car nombre d’entre eux semblaient dégager une certaine aura d’agressivité que le guide trouvait oppressante. Mais aux moins ne se plaignaient-ils jamais, semblant même parfois mettre un point d’honneur à démontrer au Dunien qu’ils étaient bien plus aptes que lui à avaler de longues distances. Cependant, sa nature calme et placide semblait avoir un effet positif sur les membres de ce peuple guerrier que l’on n’aimait guère au sein d’Asgarn.

Alors qu’il commençait à se demander si les autres guides du village ne faisaient d’ailleurs pas exprès de lui refiler systématiquement les clients guerriers, Alrik releva la tête, son attention attirée par un mouvement au loin. A en croire le teint de l’inconnu qui s’avançait vers lui, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait là de celui qu’il attendait. Son visage, fermé, dur, laissait présager un long voyage silencieux, pleins de testostérone et de non-dits virils. D’un imperceptible mouvement d’épaule Alrik rejeta au loin ces considérations. Il n’était pas payé pour faire passer un bon moment à ses clients, juste les mener d’un point A à un point B.
Mais le visage du Hald sembla se transformer à mesure qu’il approchait. Et, alors qu’il se trouvait à proximité, c’est un véritable étonnement qui s’était peint sur son visage. A le voir ainsi on aurait pu jurer qu’il venait d’apercevoir un fantô…

« Oen ? »

Une décharge d’adrénaline, si puissante qu’il en eu le vertige, explosa dans le ventre d’Alrik et une panique comme il n’en avait que rarement ressentie au cours de sa vie l’envahie, faisant bourdonner ses oreilles. Oen ? Où ça ? Que venait-il faire ici ? Pourquoi ? Autant de questions qui l’assaillir en une fraction de seconde alors que, vacillant, il jetait des regards fous autour de lui. Si son jumeau était là, que devait-il faire ? Lui dire de s’enfuir ? Le pardonner ? Non, il ne pouvait pas. Mais il ne voulait pas que son frère soit exécuté. Il ne le supporterait pas. Venait-il le chercheur ? Lui faire du mal ? Trop de sentiments saturaient ses sens pour le moment… colère, terreur, joie… Autant d’éléments qu’il n’arrivait pas à contrôler, tout comme sa respiration et son cœur qui s’étaient emballés de concert dans une cacophonie assourdissante de souffle et de tambour.

Et sans prévenir tout devint noir.
Et il s’effondra, inconscient.
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Lothar Duracier
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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Lun 15 Jan - 15:35

Alors que le seul nom traverse tes lèvres, l'homme devant s'effondre au sol, sans connaissance.  Le point positif, c'est que tu sais que  ce n'est pas Oen, le gamin que tu entraînais en secret le soir : il n'aurait jamais eu la faiblesse de s'évanouir comme une femme lui.  La ressemblance est frappante toutefois, ils se ressemblent atrocement.  Le point négatif, c'est que tu n'es pas guérisseur et que tu ne sais pas comment réanimer quelqu'un qui est tombé dans l'inconscience.  Tu pousses un long soupir.  Magnifique, ils t'ont assigné un guide atrocement faible pour te mener à Zaldi, là où tu dois entrer en fonction aussi tôt que possible.  S'il tombe dans les pommes seulement à entendre le nom de quelqu'un, que va-t-il se passer s'ils doivent affronter le danger en route?  Le continent n'est pas sûr depuis des semaines déjà et même si rien d'étrange ne se produisait, les bêtes sauvages étaient nombreuses.  Assez nombreuses pour être agaçantes et dangereuses.  Faudrait-il que tu te charges de sa protection?  Tu n'es pas engagé pour ça.  Te voilà bien embêté, mais on ne te changera pas ton guide, tu ne le sais que trop bien.

Résigné, tu retires le bouchon qui referme ta gourde faite de l'estomac d'un animal quelconque et tu en verses le contenu sur sa tête dans l'espoir que cela suffise à le ramener à ses esprits.  Il va falloir que tu la remplisses de nouveau pour le voyage avant de partir : tu ne sais pas quel autre moment vous croiserez une source d'eau.  Pour ne pas le perdre, tu remets le bouchon en place avant de t'accroupir, assis sur tes talons pour tenter de  continuer à ramener à lui le guide.  Tu tapotes mollement ses joues.

« Hé!  Ho! » lâches-tu d'une voix grondante, fortement agacé par la situation.

Tu lui tapotes à nouveau les joues, avec un peu plus de vigueur, quitte à en rendre la peau quelque peu rougie.  Tu pousses un long soupir.  Mais qu'est-ce que cette femmelette qu'on t'a envoyé?  Le voyage sera terriblement long songes-tu avec amertume.  Ça ne commence vraiment pas bien ce nouvel emploi.  D'abord un homme aussi bavard qu'une pie, incapable de la boucler et maintenant un autre de constitution faible.

« Hey!  On se réveille là!  Je suis pressé! » fais-tu, comme si ça le réveillerait plus que tout ce que tu as essayé précédemment.
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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Ven 23 Fév - 11:56

Tout était devenu noir et il s’était senti basculer. Ses repères avaient soudain disparu, le laissant désorienté et il avait eu le sentiment que son corps entier s’enfonçait dans une chose molle, cotonneuse. Il n’avait même pas ressenti le choc de sa chute. Et pendant un court laps de temps il ne fut tout simplement plus. Disparu dans un néant total, comme si son corps avait cessé de fonctionner.

Et puis….

Et puis des chocs répétés vinrent le tirer de son vide, de son rien, alors qu’il cherchait à s’y accrocher, désespérément. Comme c’était bien de ne plus être. Mais la réalité le rappelait, le tirer, l’enlaçait avec ardeur et il émergea de son inconscience comme on sort d’une eau glacée. Il ne sentait plus ses joues, elles avaient été remplacées par deux bouts de viandes parcourues de fourmillement… tout comme ses lèvres d’ailleurs et il se demanda soudain s’il serait capable de parler.

Au-dessus de lui, accroupi, le visage fermé, exaspéré, se tenait un guerrier. Le guide cligna des yeux en se redressant sur les coudes. Pour le moment tout était encore obscur, mélangé dans son esprit… mais la mémoire le frappa aussi durement que le plat de la main du guerrier qui n’avait cessé de lui tapoter la joue. Dans un réflexe qu’il regretterait plus tard il attrapa le poignet de l’homme pour l’obliger à cesser ce geste désagréable et horripilant, tentant de se concentrer sur ses souvenirs flous.

Oen…

L’homme n’avait pas VU Oen, il l’avait appelé lui Oen. Cela faisait des années que personne ne les avait confondus. Que personne n’avait fait cette erreur grotesque. Et il retint difficilement un sourire devant cet état de fait. Mais ce n’était pas le moment pour se draper de nostalgie.

« Je suis confus… marmonna-t-il, tenant toujours le poignet de l’homme. Je… C’est une longue histoire… »

Il doutait que son interlocuteur ne s’intéresse à tout cela et remuer le passé, surtout lorsqu’il était si douloureux, n’était pas vraiment ce qu’Alrik préféré. Et la sensation de honte qui montait en lui ne le poussait pas à poursuivre plus avant cette conversation. Si cet épisode pouvait disparaitre de sa mémoire, il n’en serait pas gêné.

« Je suis Alrik, poursuivit-il, lâchant enfin le guerrier pour se redresser et prendre une pose plus confortable, n’osant pour le moment pas se relever totalement de peur d’être pris de nausée. Oen est… était. Oen était mon jumeau. Moi je ne suis que guide… Je suis loin d'avoir l'étoffe d'un guerrier.»

En le formulant ainsi peut-être que l’homme s’aurait faire preuve de tact et n’avancerait pas la question plus avant. C’était déjà assez embarrassant d’être ainsi tombé dans les pommes à la simple évocation du nom de son frère… devoir revenir sur la tragédie et sur ses erreurs… voilà une chose qu’il ne se sentait pas encore prêt à endurer.
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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Jeu 8 Mar - 23:15

La belle au bois dormant se réveille enfin et les dieux soient loués, elle n'attend pas de toi un baiser du prince charmant.  Le guide a peut-être les cheveux longs, mais il manque un peu de poitrine pour te faire tourner la tête.  Si une paire de seins pouvaient suffire à te faire succomber.  Tu n'es pas un faible idiot.  Il t'embête un peu ce guide qui se comporte en femme juste en entendant un simple prénom.  Au moins il a encore le réflexe de t'empêcher de le frapper.  Il reste un espoir pour sa virilité.  Néanmoins, tu dégages ton bras rapidement.  Tu n'aimes pas que l'on te touche inutilement.  On ne sait jamais, la faiblesse c'est peut-être contagieux.  Puis, tu as l'impression de voir un fantôme devant.  Même s'il a les traits d'Oen, cet homme n'est pas lui, c'est très étrange.  La ressemblance est tout simplement trop frappante pour être ignorée.  Tu te relèves : tu n'es pas une sage-femme, qu'il se soigne et se relève tout seul si c'est un homme.

Longue histoire.  Seul le mot est déjà trop longtemps.  Peut-être n'est-il pas aussi niais qu'il ne semble l'être car il ne se donne pas la peine de t'expliquer tout ce qui pourrait l'être.  Heureusement, car il aurait sûrement été bon alors pour une autre balade dans le monde des rêves.  Tu ne tolères pas que l'on t'assomme de nouvelles ennuyantes.  Tu préfères couper cours aux longues envolées oratoires.  Cela a pour don de t'ennuyer particulièrement.

À ces mots tu sembles te souvenir vaguement de cette fois où Oen avait quitté l'entraînement pour rejoindre son frère.  Tu n'avais pas songé alors qu'il s'agissait d'un jumeau qui lui ressemblerait à ce point.  Il aurait été difficile de faire la différence, mais maintenant que tu l'observes un peu plus près, tu arrives à noter de minces différences entre lui et celui qui était ton ami.  Il y a longtemps que tu n'as pas eu de nouvelles.  D'ailleurs, c'est impossible, tu ne sais pas lire en-dehors des symboles dont se sert ta tribu pour communiquer et les gens d'autres tribus n'ont pas le privilège d'apprendre ce langage écrit.

« En effet, tu ne lui ressembles pas tellement finalement, une fois de près, » déclares-tu sur un ton dépourvu de toute expression.

L'idée de prendre des nouvelles d'Oen ne te traverse pas vraiment l'esprit.  Tu as d'autres choses en tête, plus importantes à gérer que des retrouvailles avec la fratrie d'ancien camarades d'entraînement.

« C'est donc à cause de toi qu'il était parti.  Le monde est petit.  Je suis pressé, tu comptes rester encore longtemps au sol comme une femmelette ou on peut se mettre en chemin?  Je n'ai pas le temps de gérer des crises de faiblesse de ce genre, » lâches-tu avec autant de nonchalance qu'on en a pour dire il fait beau aujourd'hui.

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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Dim 18 Mar - 16:44

La remarque finale du Hald se voulait blessante, rabaissante. Cela aurait pu être le cas si, comme le macho man pleins de muscles qui se trouvait face à lui, Alrik avait considéré les femmes comme plus faibles que lui. Mais ce n’était pas le cas. Au contraire. Le dunien n’avait jamais rencontré personne de plus farouches, de plus courageuses qu’Adelheid ou encore Ràn. Aussi ne releva-t-il tout simplement pas cette attaque sans fondement, cette insulte qui n’en était pas une. Car Alrik aurait bien voulu, parfois, s’enorgueillir d’être une femmelette.
 
Il se releva donc, époussetant au passage ses vêtements pour tenter, en vain, d’en chasser la terre et la poussière qui s’y étaient accrochées. Crise de faiblesse. Oui. Ça en revanche, c’était une réalité. Il s’était allé bien trop vite à la panique… La panique ? Non. A la terreur. Pure. Il était lui-même étonné de cette réaction si vive qui l’avait envahi. A croire que les années n’y changeaient rien finalement. Un phare, léger mais bien réel, vint colorer ses joues et il décida de ne pas s’étendre sur le sujet, d’éluder sous le couvert du silence son lâcheté.
 
Aussi s’empara-t-il de son bâton de marche, s’appuyant dessus pour s’assurer une prise sure, pour se donner le sentiment, factice, qu’il avait retrouvé toute sa stabilité, physique et émotionnelle.
 
« Nous pouvons nous mettre en marche… Marmonna-t-il, liant le geste à la parole. »
 
Il avança ainsi, silencieusement, pendant une bonne heure, tentant en vain de ne pas laisser les rouages de son esprit s’emballer. De ne pas se laisser à cette auto flagellation dont il était le champion. Aussi focalisa-t-il ses pensés sur une phrase que le Hald avait prononcée : C'est donc à cause de toi qu'il était parti.
Alrik se souvenait bien de cet évènement qui avait marqué sa formation. Oen avait fui les Halds pour le rejoindre, rendu jaloux par Adelheid… Déjà à l’époque… Oui déjà… ses réactions étaient dangereuses, disproportionnées lorsqu’il s’agissait d’Alrik. Le guide voyait, avec le recul du temps, l’ensemble des évènements qui auraient dû l’alarmer. Qui auraient dû faire naitre dans son esprit des signaux d’alertes. Mais il était resté aveugle… Non. Il avait préféré fermer les yeux, s’enfoncer dans un déni grandissant année après année. Passif. Comme à son habitude.
 
Les années loin d’Oen. Il se rendait compte aujourd’hui qu’ils n’en avaient jamais parlé lui et son frère. Qu’ils n’étaient jamais revenus ensemble sur leur apprentissage. Et finalement Alrik ne savait rien de ce que son frère avait vécu au sein des Halds. Autant de questions qu’il ne se posait que maintenant. Il jeta un regard en direction du guerrier, muet, taciturne, qui avançait en roulant stupidement des mécaniques non loin de lui. Il avait là, sous la main, la possibilité d’en savoir plus sur Oen, de répondre à ces interrogations. De peut-être combler quelques trous qui obscurcissaient encore le tableau qu’il se dressait des évènements qui avaient menés à la mort d’Adelheid.
 
Et la bouche sèche, il prit son courage à deux mains, sentant dans sa poitrine son cœur s’emballer.
« Tu connaissez donc Oen ? »
Une simple question. Peut-être anodine pour certains. Mais ainsi évoquer celui qui avait été son jumeau… celui qui avait tué celle qu’il aimait… celui qui avait… voulu. Il stoppa sa pensée ici, n’osant aller plus avant dans ses souvenirs. Simplement prononcer à voix haute ce nom qu’il maudissait et chérissait lui semblait être une épreuve. Mais une épreuve qu’il avait surmontée.
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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Lun 26 Mar - 22:13

Le problème de la crise de faiblesse du guide est rapidement réglé une fois que tu l'as réveillé et il prend la route en silence, ce qui t'arrange bien.  Tu détestes parler inutilement.  Pour certains, le silence devient rapidement pesant, mais à tes oreilles il n'y pas plus douce mélodie, après bien sûr le bruit du fracas des épées et de la guerre.  Même si tu n'as jamais réellement connu la guerre, la vraie, car les temps de paix sont devenus immémoriaux.  Tu en profites pour regarder les arbres, te familiariser avec la faune : tu sais qu'en t'installant chez les Duniens pour le temps de ta mission, tu t'exposes à un environnement avec lequel tu es moins familier.  Rien ne vaut les sables de ton désert, ni ses rocs où on peut trouver un peu de fraîcheur les jours de chaleur d'été.  Ta terre natale te manquera certainement une fois installé à Zaldi.  La chose ne te paraît pourtant pas horrible : ce sera le moment choisi pour faire une étude de terrain.

De longues minutes passent sans que vous adressiez la parole et tu ne t'en plains pas trop.  Tu as le temps de prendre plusieurs notes mentales et de réfléchir.  Tu es presque surpris même d'entendre une voix s'élever au bout d'un long moment.  Tu arques un sourcil, étonné de l'audace de l'homme aux cheveux longs puis tu hausses les épaules.

« Il s'entraînait dans ma tribu pour devenir guerrier.  Je l'ai aidé un peu, il avait du potentiel pour un Dunien.  Je ne me suis plus vraiment occupé de lui après sa fuite. »

Il n'en valait pas la peine.  Tu es encore plein de ressentiment contre l'homme d'être parti comme ça.  C'était d'une idiotie.  Tout laisser en plan pour aller rejoindre son frère.  C'est à ce moment-là que tu as compris qu'Oen n'était pas le garçon que tu croyais qu'il était.  Ta déception avait été grande quand tu avais appris la nouvelle.  Encore plus quand tu apprenais la façon dont il était revenu.  Peu importe ses sentiments un bon guerrier n'aurait jamais fuit son devoir.  Surtout par pour une pareille raison.  La faiblesse dont il avait fait preuve te dégoûte encore.

« Il va bien?  Oen, je veux dire? » demandes-tu avec désintéressement.

Tu n'as pas vraiment envie de parler, mais bon.  Malgré sa trahison, Oen restait l'un de tes premiers protégés et vous aviez eu une belle complicité pendant très longtemps.  Jusqu'à ce qu'il ne faillisse.  Peut-être est-il désormais temps de pardonner.  Un peu.

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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Sam 16 Juin - 13:50

La première partie de la réponse réconforta un peu le guide. Souvent, il s’était dépeint Oen seul, abandonné de tous au milieu des sables des terres arides. Mais à écouter le guerrier, il avait su trouver des compagnons au sein de sa tribu d’adoption. Il avait même su trouver un mentor en la personne de son client. Une étrange fierté envahit Alrik lorsque l’homme fit mention du potentiel de son frère. Il tenta de chasser cette sensation, de ne pas s’y accrocher… mais un Dunien reste un Dunien et la famille… restait la famille…
 
La seconde partie fit cependant disparaître son sourire.
 
Après sa fuite.
 
Alrik s’en souvenait bien. Oen avait décidé de fuir sa tribu d’adoption pour revenir à ses côtés. Il avait prouvé, une fois de plus, que sa volonté, ses envies, sa famille, passait bien au-dessus de tout autre chose. Une partie du guide admirait son frère d’être aussi volontaire, de savoir se départir des conséquences pour mener sa vie comme lui l’entendait. Mais c’était aussi cet aspect de sa personne qui lui avait permis de causer l’irréparable, de passer la ligne qui séparait l’homme du meurtrier.
 
Une moue étrange était passée sur le visage du guerrier à l’évocation du départ d’Oen. Impossible pour le Dunien de se faire une idée précise de ce qu’elle avait pu vouloir dire. Un mélange de dégoût et de colère peut-être. La dernière phrase de l’homme laissait à penser qu’effectivement le comportement de son jumeau n’était pas digne de celui d’un Hald. Qu’importe. Ce que les Halds considéraient comme une faiblesse était au contraire une qualité chez les Duniens.
 
« Il va bien ?  Oen, je veux dire ? »
 
Le guide marqua soudain une halte. A peine une seconde, un battement de cœur, et il reprit sa marche. Comment répondre à cette question ? Que dire. Qu’il n’en savait rien ? C’était la stricte vérité, la réponse la plus logique. Mais elle laissait planer tellement de sous-entendus. Tellement d’imprécisions. S’étendre plus sur le sujet ? Non. Il n’en avait pas envie. Pas devant cet homme qui semblait si prompt à juger. S’il avait abandonné Oen, là-bas, proche des dunes, il ne méritait pas de savoir ce qu’il était advenu de son jumeau.
 
« A vrai dire je n’en sais rien. Nous nous sommes perdus de vu. »
 
Il avait prononcé la phrase sans regarder le guerrier, comme on lançait une remarque sur la météo ou sur le court du temps. Il avait haussé les épaules comme si cela n’était que le court normal de la vie. Il avait cependant peur de trahir le trouble qui l’agitait s’il laissait l’homme voir ses yeux.
 
« Je me suis juste toujours demandé ce que cela avait été pour lui… son apprentissage. Il n’en parlait jamais, précisa-t-il cependant pour justifier sa question précédente. Je suis content d’apprend que ce n’était pas parce qu’il avait à rougir de ses prouesses parmi les vôtres. »
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Une illusion grotesque Ven 3 Aoû - 18:50

Tu restes silencieux et songeur devant la réponse du guide.  Ça ne t'a jamais étonné de ne plus recevoir de nouvelles d'Oen.  S'il était prometteur avant sa fugue inacceptable, tu t'es complètement détourné de lui suite à cet incident.  Peut-être t'en veut-il, tu n'en as que faire en vérité.  Un guerrier doit être capable de se montrer fort en tout temps, ce qu'il n'a pas su faire.  Il faut un cœur d'acier, pas celui d'une femmelette.  C'était ce qu'il n'avait pas réussi à prouver, ce qui t'avait fait te détourner de lui.  Une preuve de plus que les étrangers ne devraient pas avoir le droit à votre apprentissage, d'oser se mêler à votre société nettement plus avancée et supérieure.  Mais qu'y pouvais-tu alors à l'époque un homme pas encore fait?  Il te restait encore beaucoup à parcourir comme chemin avant d'arriver à la place que tu occupes présentement.

« Il aurait pu être un bon guerrier s'il avait su éliminer sa faiblesse.  Mais il n'a pas réussi. »

Faiblesse qui se trouve là devant toi.  N'ayant jamais eu de fratrie, tu ne peux comprendre cette affection fraternelle qui peut attacher deux êtres l'un à l'autre de cette façon.  Même envers tes parents, tu n'éprouves que très peu d'attachement : tout ce qu'ils représentent pour toi, ce ne sont que les gens qui t'ont élevé et nourri, qui t'ont transmis les valeurs de l'art du combat.  Rien de plus.  Alors qu'un homme promit à une carrière glorieuse puisse tout foutre en l'air pour son frère, tu ne peux pas comprendre.  Tu ne peux pas comprendre non plus que ce frère ose encore vivre après avoir gâcher la vie de son frère.  Peut-être est-ce pour cela qu'ils ne sont plus en contact, la haine et la rancœur aura remplacé cet amour malsain peut-être.

« Il était discipliné, plus astucieux que la plupart des autres garçons mièvres issu des autres tribus.  Il avait du potentiel et peut-être même du talent dans le maniement des armes.  Mais visiblement, il n'a jamais eu l'âme d'un guerrier.  Sinon il ne serait jamais parti. »

Tu te gardes de mentionner quoi que ce soit de plus.  Vos secrets restent à être cachés, vous ne pouvez les partager comme ça sans réfléchir avec le premier inconnu, fut-il le jumeau de l'un de vos initiés.

« Il y a encore loin avant Zaldi?  C'est une ville peu ouverte aux étrangers, » fais-tu pour changer le sujet.  Vous n'êtes pas là pour bavasser, mais bien pour avancer.  Tu as une mission à accomplir.

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