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 Epidémie

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Maël Belorme
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MessageSujet: Epidémie   Sam 30 Déc - 21:50

Cette période de l’année n’était pas la préférée des guides, à cause des températures extrêmes. La plupart des clans passaient l’hiver dans des clairières, là où la neige se faisait plus rare et le vent moins fort. C’était le cas du mien. Nous avions achevé notre migration hivernale et nous étions installés dans une clairière à l’Est de la forêt d’ébène. La plupart de mes missions à cette époque se résumaient à dénicher des zones où les éleveurs pouvaient amener leurs bêtes sans danger. Mais ce jour-là une autre mission me fut confiée, un peu particulière. Des rumeurs d’une étrange épidémie circulaient, qui touchait certaines fermes Duniennes, à la frontière de notre territoire. Bien qu’aucun de nos clans n’aient été touché, certains prévoyaient de migrer sur ces territoires bientôt, et avaient soulevés quelques inquiétudes.

Il avait été décidé d’envoyer guérisseur et herboriste sur les lieux, pour s’assurer que rien ne menacerait nos clans si nous nous approchions de la zone. Elowen s’était proposée lorsque je lui avais rapporté que les chefs de notre clan cherchaient un volontaire. Avec sa bonne humeur habituelle, elle vit ça comme une parfaite opportunité pour une petite aventure ensemble. J’avais hésité un peu, car ma nouvelle position de conseiller du couple de tête nécessitait que je sois disponible. Mais les autres conseillers ne quittaient que rarement le campement à cette époque de l’année, ce qui me convainquit de le leur proposer. Ils avaient accepté et nous nous retrouvions donc sur les chemins enneigés, en direction de l’Est, en compagnie d'un guérisseur volontaire.

Elowen était comme une sœur pour moi, surtout depuis la disparition de Rosalie. Elles étaient amies depuis l’enfance, et je connaissais donc Elowen depuis toujours, mais nous nous étions surtout rapprochés pendant ces 6 dernières années. Sa bonne humeur et son excentricité parvenaient parfois à me tirer de la brume dans laquelle j’errais depuis la disparition de ma sœur bien-aimée. C’était le cas ce jour-là, et j’étais d’humeur plutôt légère lorsque nous arrivâmes aux abords de l’une des fermes touchées. Le trajet s’était déroulé sans accroche, mais nous n’étions pas mécontents d’être enfin arrivés. Le confort de l’équipement de voyage était bien maigre comparé à celui des yourtes des campements, surtout avec le vent qui glaçait nos os.

Par la fenêtre de la ferme, nous aperçûmes trois silhouettes. Je supposais qu'il s'agissait du couple d'éleveurs, Erin et Malwik, et peut-être de la soeur de Malwik,  qui résidait avec eux. Elowen avait déjà frappé à la porte, et j’attendis donc avec elle que quelqu’un nous ouvre. C’est l’éleveuse qui m’ouvrit. Son visage semblait très inquiet, mais elle nous sourit tout de même faiblement, en me reconnaissant. Elle ouvrit grand la porte pour nous permettre d’entrer nous réchauffer, et c’est là que je pus voir les visages de ceux qui se trouvaient à l’intérieur. Mon cœur rata un battement lorsque je reconnus l’un d’eux, ou plutôt l'une d'entre eux. Malgré le masque, je reconnus facilement la femme qui se tenait devant moi. Il s’agissait de Ràn, une Dunienne que j’avais essayé sans succès de séduire. Je m’étais beaucoup attaché à elle, un peu malgré moi. J’avais appris son mariage, puis la dissolution de ce dernier et sa formation forcée de Shaman, mais nous ne nous étions pas croisés depuis. Je ne pouvais qu’imaginer ce qu’elle avait enduré. J’étais à la fois heureux de la revoir, et inquiet de faire face à ce qu’elle était devenue. Retrouverai-je la même personne pour qui mon cœur s’était emballé ? Mais d’un autre côté, étais-je toujours le même, moi aussi ? Je la saluais d’un signe de tête, ne sachant comment me comporter. L’éleveur n’étant pas présent, je supposais que l’autre personne n’était autre que le Dagda du clan de Ràn, de qui elle était devenue la disciple. Je le saluai donc respectueusement, et me présentai, avant d’introduire Elowen et Alvin, qui me regardait d’un air amusé, comme si elle avait deviné qu’il y avait ou avait eu quelque chose entre Ràn et moi.


Dernière édition par Maël Belorme le Dim 11 Fév - 17:49, édité 2 fois
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Ràn Brunecorne
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MessageSujet: Re: Epidémie   Mer 3 Jan - 20:59

Accoutrée des habits traditionnels shamaniques, Ràn n'en menait pas large dans sa nouvelle position. Ce n'était pas sa première fois, certainement pas sa dernière, cependant se tenir droite, derrière le Dagda comme si là était sa place, faisant semblant d'être incluse dans les considérations du grand Perceneige alors que ce n'était absolument pas le cas, était toujours aussi troublant. Le moindre oscillement de sa part était accompagné de de l’entrechoquement des os taillés accrochés à ses poignets. Et à chaque fois, comme si ce son était un rappel douloureux pour celui qui était désormais son maitre, il lui adressait un petit hochement de tête réprobateur.

Ne pas bouger, faire bonne figure, comment le pouvait-elle?


La présence du Dagda lui-même avait été mandé, depuis peu le sommeil se troublait, empêchant le repos, fatiguant le corps et l'esprit, si bien que dans les fermes les plus isolées comme celle-là, la maladie guettait et les shamans de moindre envergures s'étaient vu impuissants pour régler le problème. Même les somnifères Eïrs n'avaient pas réussi à apporter repos et sérénité. Rien n'y avait fait et forcément, Gärn avait dû se déplacer. Il fallait vérifier que rien de dangereux ne soit tapis derrière ces étranges phénomènes. Toutes éclosions d'un dieu maléfique ou autre esprit malin étaient absolument à éviter.

Peut-être même était-ce là le dessein d'un dieu qui était à l’œuvre, dans tous les cas il fallait l'intervention d'un traducteur plus expérimenté que ceux étant dans les parages.


Le couple racontait les détails de ce qui s'était passé, des rêves, de la fatigue qui s'accumulait et rendait vulnérable. Ràn tentait de ressentir quoi que ce soit indiquant une présence spirituelle, mais il n'y avait dans son cœur qu'une frustration mordante. La sienne sans doute, devenue une compagne fidèle chaque jours que les dieux faisaient.

Une des rares choses que le vieux shaman lui avait enseigné était de ressentir ce qui se passait autour d'elle, de faire le vide, de se détacher du réelle, des sensations connues pour laisser le voile séparant le monde des humains et celui des Esprits devenir si fin qu'elle soit dans l'entre-deux, dans l'interstice de ces deux mondes se superposant l'un sur l'autre, mais ne se touchant que rarement. Elle n'avait jamais réussi, car en elle soufflait un tel tumulte que détacher était tout bonnement impossible. Mais peut-être était-ce ça qu'elle devait sentir, une frustration, pareille à la sienne, se superposant à elle, si parfaitement qu'elle ne pouvait pas la différencier de ses propres sentiments.


Sa tentative silencieuse prit court rapidement, Un petit groupe d'Eïrs était arrivé, sans doute envoyer pour vérifier que tout allait bien à l'orée de leurs frontières. Rien de plus normal par ces temps troublés et derrière l'ombre de son masque qui cachait la moitié supérieure de son visage elle reconnut du nouvel arrivant. Lui aussi d'après les yeux qui s'étaient posés sur l'ancienne éleveuse.

Ce fut une seconde qui parut interminable pour Ràn et extrêmement gênante, sans qu'elle ne sache pourquoi elle se sentait si embarrassée. Puis mu par un ordre muet entre elle et le Dagda, elle entreprit d’emmener les deux étrangers dehors. Il devait faire son office et la présence d'indésirables, surtout concernant les arts shamaniques, n'était clairement pas bienvenue. Cela permis d'offrir à Ràn l'excuse parfaite pour s'enfuir de cette pièce oppressante qui se riait de son incompétence.

Elle réussit à mettre à l'écart le jeune guide, indiquant à la jeune femme, une guérisseuse, l'emplacement de quelques personnes qui étaient déjà tombées malades. Une enfant avait été envoyé par le couple pour la récupérer et l'emmener voir ces derniers.

Il faudrait qu'ils la paient pour qu'elle s'occupe d'eux, mais pour l'heure il fallait déjà vérifier leur état.


Seule avec Maël, un silence gênant s'installa. Elle n'avait foutrement aucune idée de quoi dire, elle était loin de la femme qu'il avait pu côtoyer, barbouillée ainsi et masquée pour se cacher des Esprits. Savait-il? Sans doute...


- Je ne pensais pas te croiser ici.


C'était encore les seuls mots qui lui vinrent à l'esprit et qui ne lui parurent pas trop stupides. Bien que désormais, stupide, elle avait l'impression de l'être.
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Maël Belorme
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MessageSujet: Re: Epidémie   Dim 7 Jan - 12:54

Je ne protestais pas lorsque Ràn nous escorta à l’extérieur. Nous avions vraisemblablement interrompu quelque chose d’important, et ce n’était pas notre intention. Nous souhaitions simplement aider, et vérifier que rien ne risquait de menacer les Eiris. Elowen et Alvin furent conduits auprès des souffrants. Je sentis qu’Elowen aurait préféré rester avec moi, mais elle suivit tout de même le guérisseur sur les pas de l’enfant qui devait les guider dans le village, munie de sa sacoche remplie de plantes. Je n’étais pas vraiment utile sur place, mon rôle se limitant à les amener jusqu’ici et à les ramener ensuite à notre campement sains et saufs.

Nous étions donc seuls, Ràn et moi. Je la détaillais des yeux, ne sachant quoi dire. Ca faisait si longtemps que je ne l’avais pas vue. J’avais entendu ce qui lui était arrivé. Je savais qu’elle était désormais apprentie shaman, qu’elle y avait été forcée. Mais il y avait une différence entre savoir quelque chose, et le voir. Elle avait changé, physiquement. Malgré le masque, les peintures et les bijoux qui ornaient son corps, je devinais les changements qui s’étaient opérés. J’avais l’impression qu’elle avait perdu quelques kilos, et son regard me paraissait fuyant, si loin de la femme sûre d’elle que j’avais connu. C’est elle qui brisa le silence qui s’installait entre nous.

« Moi non plus, je ne pensais pas te croiser. »

Le silence reprit, quelques secondes, avant que je poursuive.

« Est-ce que tu vas bien ? »

Je pris son poignet, délicatement, en lui posant la question. Les bracelets s’entrechoquèrent sous mes doigts, me laissant malgré tout un accès à sa peau glacée par l’hiver. Sous le masque de Shaman je savais qu’elle était toujours là, la jeune fille fière et espiègle avec laquelle j’avais passé des moments qui restaient gravés dans ma mémoire. Ma main remonta le long de son bras. Je mourais d’envie de la prendre dans mes bras, mais je ne savais pas si j’avais le droit de le faire, et si mon geste lui attirerait des ennuis si l’on nous surprenait.
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Ràn Brunecorne
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MessageSujet: Re: Epidémie   Mar 9 Jan - 16:08

« Est-ce que tu vas bien ? »

Un soufflement dédaigneux lui échappe à la dunienne. Aller bien? En avait-il d'autre de la sorte. Les relations joviales et simples d'autant étaient désormais envenimées par des épines qui tordaient les liens et les dénaturaient. Pourtant, malgré la question qui lui semblait stupide, elle prit le temps d'y réfléchir vraiment. L'impression première, le "non" qui lui avait brulé les lèvres aurait été trop simple. Dans le fond, ça ne l'était pas vraiment. Elle n'allait pas bien, mais pas mal non plus. Le temps avait passé, la correction brulante et impitoyable, les demandes cruelles, elles étaient passées. Pourtant, l'apprentie avait survécu, de par une clémence inattendue, de par une volonté malsaine. La sienne tout d'abord et la leur également, celle de sa tribu, des décideurs.

L'air était piquant et vif, pourtant, derrière ce malaise et la noirceur qui l'habitait désormais, les aiguilles de glaces qui transperçaient sa peau lui faisaient un bien fou. Ràn réfléchissait mieux, loin du Dagda, loin de cette pièce qui empestait l'inquiétude, la vie de famille qu'elle n'aurait jamais.

-Je suppose.

Elle le laissa faire, regarda ses mains s'égarer sur la sienne, ses doigts tracer un sillon plus chaud sur sa peau. Elle le supporta, attendant qu'un dégout coutumier la prenne. Celui d'elle-même et des autres. Elle n'avait plus le droit à ce genre d'attention, pourquoi ne la rejetait-il pas lui aussi comme les autres? Cela serait tellement plus simple. Elle méritait ce déni, l’humiliation des regards mauvais portés à son attention. Et pourtant les dieux savaient à quel point elle les détestait. Ràn les haïssaient, mais elle les recherchait, car c'était sa punition pour avoir survécu et pas lui.

Elle releva le masque qui couvait son visage, reposant sur sa tête et reposant ses cheveux en arrière. Ses yeux cachés derrière la peinture le toisa aussi froidement que possible.

–Arrête ça. Tu sais toi aussi n'est-ce pas? Une si grosse histoire n'a pas dû rester confiner qu'a notre seule clan, qu'à la tribu Dunan.

Qu'est-ce qu'il attendait d'elle? Il n'était rien, un étranger. Pourquoi le laisser l'atteindre ainsi, la solitude l'avait-elle à ce point rendu docile? Elle voulut dégager sa main et couper ce contacte qui devenait insupportable sans qu'elle n'explique vraiment pourquoi. Point de dégout, mais autre chose.

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Maël Belorme
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MessageSujet: Re: Epidémie   Dim 14 Jan - 17:23

Je sentais l’attitude défensive de Ràn, sans vraiment la comprendre. Pourquoi se sentait-elle menacée par moi ? Je n’avais rien fait contre elle. Je ne faisais pas partie de sa tribu. Je ne l’avais pas accusée, pas battue, pas forcée à quoi que ce soit. Mais je n’avais rien fait non plus. Je n’avais pas accouru pour la défendre, je n’avais pas écrit pour lui dire que j’étais là si elle avait besoin de moi. Quelque part, j’étais coupable aussi, de ce qui lui était arrivé. Quelque part je méritais son hostilité. Je m’apprêtais à lui dire d’oublier ma question mais elle répondit avant que je n’ai eu le temps de le faire. Sa réponse me serra le cœur. Honnête, comme elle l’avait toujours été avec moi. Comme lorsqu’elle m’avait rembarré, un jour où j’avais essayé de la mettre dans mon lit. J’entendais dans ses mots ce qu’elle ne me disait pas. Ce qu’elle ne se disait peut-être pas à elle-même.

Ma main s’égarait le long de son bras, dans un contact que je voulais réconfortant. Pendant quelques instants, elle ne m’écarta pas. J’eus même l’impression que ça lui faisait du bien. Je restais sans rien dire, les doigts effleurant sa peau. Je regardais le masque derrière lequel elle se cachait, ces peintures qui changeaient son corps. Soudain elle remonta son masque, me laissant enfin voir son visage, toujours masqué malgré tout par les courbes de couleur. Je lâchais son bras lorsqu’elle tenta de se dégager en m’interrogeant sur ce que je savais.

« Bien sûr que je sais… Ràn… »

Je cherchais mes mots, ne sachant pas vraiment quoi lui dire. Je savais qu’aucune parole ne réparerait ce qui lui était arrivée, ni ne lui rendrait l’avenir qu’elle avait perdu. Mais maintenant qu’elle était là, face à moi, je ne pouvais pas la laisser comme ça sans au moins essayer de faire quelque chose pour elle.

« J’aurai voulu pouvoir faire quelque chose pour toi. Vraiment. »

Je n’osais pas reprendre son bras, même si je mourais d’envie de la serrer dans les miens. Sa façon de me regarder me maintenait à distance. Elle était sur la défensive. Tout son corps me le criait. Son regard ne laissait aucun doute.

« Si tu as besoin de moi pour quoi que ce soit, tu sais que tu peux me le demander. »


Nous avions partagé des choses ensemble, il fut un temps. Elle s’était un peu confiée à moi lors de nos jeux de séduction. Elle avait toujours refusé mes avances, mais nous n’en avions pas moins été amis, et avions partagé quelques bons moments, lorsque nos chemins se croisaient. Je tenais à elle, et je détestais la voir ainsi. Mais j’étais impuissant. Je n’avais aucun contrôle sur sa vie, et elle semblait refuser mon aide. Elle était trop fière pour ça.
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Ràn Brunecorne
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MessageSujet: Re: Epidémie   Sam 20 Jan - 15:34

Vouloir et pouvoir étaient deux choses bien différentes, voilà ce que se disait Ràn tout en le toisant avec des yeux qui se voulaient froid. En cherchant, il y avait toujours ces souvenirs, cette sympathie qu'elle éprouvait à son égard. Mais au fond d'elle-même elle savait qu'elle ne devait pas s'attacher. Simplement pour ne plus revoir ce mépris dans les yeux d'un être aimé, pour ne plus avoir à souffrir de la déception d’autrui à son égard. Car, voyez-vous, tout cela n'était que le début d'une sombre histoire. Un prologue macabre et mélodramatique qui la plongerait sans doute dans une spirale bien ténébreuse. Le mépris, la peur, elle le récolterai doublement dès que la pourriture qui gangrénait son cœur aurait fini de germer, laissant éclore des fleurs qui parasiteraient tout le reste.

Elle le savait, sans le savoir, inconscience ou déni? C'était une maturation d'idée qu'elle n'arrivait pas à assumer, allez savoir pourquoi. dire qu'elle n'en voulait à personne et qu'elle rentrerai dans le rang en souriant, serait un mensonge, elle n'en était pas capable. Cependant, avouer ouvertement qu'elle nourrissait une soif de vengeance qui lui tordait le ventre dans un besoin quasi obsessionnelle, n'était pas possible non plus. Les implications d'un tel besoin la surpassait, elle n'avait pas encore les épaules pour l'assumer, car elle le devrait, sinon cela ne rimerait à rien.

-Et qu'aurais-tu fais Maël? J'ai fauté, c'est un fait. Nos lois sont assez claires à ce sujet, il n'y avait pas d'autre choix possible.

et chacun d'eux auront des répercussions, personne ne savaient encore quoi. Tel était véritablement le problème. Les répercussions, l'avenir, les ondes provoquées par la pierre qui a éclaté la surface lisse d'un lac.

-Fait attention à ce que tu dis, qui te dis que mes demandes ne seraient pas déraisonnable? Après tout, je ne suis guère quelqu'un de fréquentable désormais, je ne suis pas connu pour ma miséricorde, tu devrais te méfier.

Tirer sur la corde, attirer l'animosité. C'était ben plus simple ainsi, sans attache, il n'y aurait que peux de blessures. La haine engendre la haine et la noirceur des autres servirait à recouvrir son cœur d'une carapace qui la mettrait à l’abri. Du moins était-ce le raisonnement initial.
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Maël Belorme
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MessageSujet: Re: Epidémie   Dim 11 Fév - 17:47

Elle avait raison. Je n’aurai rien pu faire, même si j’avais été là. Je n’étais rien pour sa tribu. Rien de plus qu’un des nombreux étrangers venus apprendre parmi eux. Je n’aurai pas pu empêcher ce qu’ils lui avaient fait. Mais j’aurai peut-être pu la soutenir. Lui apporter une épaule sur laquelle pleurer. Car je ne doutais pas qu’elle en avait eu besoin, et que personne, au sein de sa tribu, n’aurait joué ce rôle. Personne n’aurait osé lui montrer publiquement de l’affection, après ce qu’il s’était passé.

Mais moi j’aurai peut-être pu, si j’avais eu le courage de venir vers elle. Je savais qu’elle n’avait pas voulu ce qui était arrivé. Elle n’avait pas voulu leur cacher ses dons shamaniques. Elle ne les avait pas compris elle-même. Comment aurait-elle pu agir autrement puisqu’elle-même n’avait pas conscience de ce qu’elle était ?

« J’aurai simplement pu être là. T’écouter. »

Je ne la regardais qu’à demi. Elle m’intimidait, vêtue ainsi. Pleine de rancœur et de peine. Forcée à un métier qui n’était pas celui qu’elle s’était choisie. Forcée à abandonner la vie qu’elle s’était construite. Brutalement. Violemment. Et cette violence ressortait désormais, en elle. Elle me repoussait, me forçait à garder mes distances. Et je n’osais pas l’affronter. Je n’avais jamais vraiment été courageux. En tous cas pas face aux gens. Je reculais donc face devant les défenses qu’elle dressait devant moi.

« Je crois que tu as raison. Je devrais me méfier. Tu n’es plus celle que j’ai connue. »

L’admettre me faisait mal au cœur, mais j’avais du mal à la retrouver, derrière ces murs qu’elle hérissait face à moi, derrière ces peintures et ces ornements qui masquaient ce qu’elle était.

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Ràn Brunecorne
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MessageSujet: Re: Epidémie   Mer 14 Fév - 9:29

« Je crois que tu as raison. Je devrais me méfier. Tu n’es plus celle que j’ai connue. »

N'était-ce pas là toute la conclusion de cette entrevue. Elle avait changé, lui aussi, ses traits étaient plus matures, plus durs que ceux qui avaient dessiné sa mâchoire dans son adolescence. Il n'avait rien perdu de son charme, de cette joyeuse tranquillité, quoique lui aussi ne dégageait plus tout à fait la même aura. Ils avaient grandi, changé, mais la concernant, Ràn savait que c'était plus que ça, elle avait été tordue. Ces mots, la shaman les avaient cherché, les avaient attendu pour se les enfoncer dans le cœur et pouvoir partir en nourrissant sa rancœur et sa haine. Pourtant, cela ne lui fut pas plus facile de les entendre, Ràn avait voulu le rejet pour ne pas avoir à le subir plus tard, quand elle se serait habituée à cette présence bienveillante, cette illusion. Mais par les dieux, cela n'avait pas amoindri la douleur et le pincement qu'elle ressentait dans sa poitrine, même après avoir autant enduré. Existait-il des sorts pour ne plus rien ressentir, pour ne plus être qu'une coquille vide qui servirait seulement son dessein de vengeance avant de ne pouvoir s’éteindre totalement. Elle n'était même pas certaine encore de ce qu'elle voulait faire. Maintenant qu'elle était là, en vie, portant ses souvenirs comme un fardeau, elle ne voulait plus tant mourir que leur faire payer, que s'intégrer, qu’effacer toute cette histoire pour revenir au bon vieux temps. Ses envies, contradictoires, la déchiraient de l'intérieur.

Maël n'était pas arrivé au bon moment, si désormais bon moment il y avait. Surtout avec le Dagda dans les parages, sa seule présence, sa seule mention avait le don de lui mettre les nerfs à vif.

-C'est exact. Comme tu n'es plus seulement un adolescent cherchant à compter fleurette.

Lui aussi avait ses démons, sa famille et ses propres secrets de polichinelle. Sa sœur, un assassin, une tueuse.

-Tu devrais t'occuper de fonder une famille et de perpétuer ton nom, maintenant que tu es le seul à pouvoir le faire. Plutôt que de perdre ton énergie à t'occuper de problèmes supplémentaires dont tu peux te passer.

C'était une sorte de menace, à demi-mot, car il était certain qu'il n'obtiendrait rien de bien à trainer avec elle. Elle finirait par se servir de lui, par le faire souffrir, car elle ne se sentait plus capable d'autre chose. C'était ce qui la faisait tenir et Ràn était résolu à suivre ces convictions sombres qui la faisaient avancer, même si elle ne savait pas encore vers où.

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